L’interprète militaire dans l’histoire

La figure de l’interprète est connue depuis l’Antiquité, époque à laquelle leur fonction était confiée aux Princes d’Éléphantine (« De l’identité des interprètes au fil des siècles », Henri Van Hoof). Sa présence est également mentionnée dans la Genèse de la Bible (42,43) :« Ils ne savaient pas que Joseph comprenait, car il se servait avec eux d’un interprète ». Tout au long de l’Histoire, son rôle a souvent été lié à des fins utiles, politiques, diplomatiques, un moyen d’aider son pays en guerre.

C’est pourquoi nous avons décidé de remonter l’horloge du temps et de nous plonger dans les débuts de la fonction d’« interprète militaire » et de voir son évolution jusqu’à nos jours.

Nous ne pouvons commencer ce billet sans faire l’éloge du Général Napoléon Bonaparte. En effet, les historiens s’accordent pour dire qu’il aurait été à l’origine de la formalisation de la fonction d’interprète militaire. C’est dans le cadre de sa campagne d’Égypte qu’il ressentit le besoin de s’entourer de personnes connaissant la langue arabe. Dans son entourage, figurait Venture Paradis qui fut officiellement nommé « Interprète en chef ». Mais il faudra attendre l’année 1803 pour assister à la création officielle de la fonction d’« interprète militaire ». Cette fois-ci, pour son expédition en Angleterre, Napoléon choisit de former une compagnie constituée d’une centaine d’hommes qui se distinguaient également par leur costume. En 1830, l’armée d’Afrique fut accompagnée par le « Corps royal des interprètes de l’armée d’Alger ». Sur leur costume, on pouvait apercevoir une broderie en or faisant figurer deux branches d’olivier entrelacées.

Lors de la Première Guerre mondiale, les interprètes furent sollicités pour des opérations de recherche ou d’interprétation de renseignements, pour interroger les prisonniers ou encore pour créer des documents de propagande. Les interprètes devaient essentiellement travailler avec la langue allemande, mais également avec l’anglais pour communiquer avec les unités françaises. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata, de nombreux interprètes sont intervenus aux côtés des forces armées ou loin du front pour appeler la population à résister. À ce sujet, on se rappelle bien évidemment de Maurice Schumann qui s’était engagé au début de la guerre auprès du Corps d’expédition britannique, en qualité d’interprète militaire, avant de devenir le porte-parole de la France libre. Du côté allemand, nous pouvons citer Eugen Dollman qui mit ses compétences au service d’Hitler et de Mussolini, une expérience décrite dans son ouvrage « J’étais l’interprète de Hitler et Mussolini ».

De nos jours, les interprètes militaires sont dits de « réserve », ils participent donc à des opérations militaires pour mettre leurs compétences linguistiques au service de l’armée. Ainsi, de nombreux interprètes ont été déployés dans les Balkans, dans les années 1990 ainsi que dans tous les conflits touchant le monde entier : Moyen-Orient, Afrique…

Comme dans toute situation de conflit, se pose la question de la neutralité de l’interprète. Il faut bien l’admettre, la raison pour laquelle des interprètes volontaires s’engagent auprès d’une armée est souvent liée à un sentiment personnel. C’est le cas de Tarek, un interprète afghan engagé auprès de l’armée française et qui se livre à une confession : « Si j’ai décidé de travailler pour l’armée française, ce sont pour des raisons financières, mais surtout, pour aider à chasser les Talibans de mon pays ».

Les militaires disposant de compétences linguistiques sont identifiés par diverses appellations : linguistes de Réserve de l’Armée de Terre, Officiers de Réserve Qualifiés Langues Étrangères. Leur formation continue est assurée par Centre de Formation Interarmées aux Renseignements (CFIAR). Notons également que tous ces professionnels sont réunis dans une association appelée Association Nationale des Officiers de Liaison et des Interprètes de Réserve (ANOLIR).

Si vous souhaitez approfondir le sujet, nous conseillons de lire « Les carnets de l’interprète de guerre » de l’écrivain russe Elena Rjevskaïa, interprète bénévole auprès de l’armée soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale.

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