Nous avons choisi de nous intéresser cette semaine à un type de traduction bien particulier : la traduction audiovisuelle. Cette technique ne date pas d’aujourd’hui ; en effet, elle remonte à l’arrivée du cinéma parlant dans les années 1930 et à l’exportation de films étrangers. Afin d’attirer un public encore plus large, l’industrie du cinéma a pris conscience de la nécessité de traduire les œuvres dans les langues des pays de commercialisation du film. En France, cette nouvelle « mode » est également devenue un passage obligé en raison de l’entrée en vigueur d’une loi obligeant le doublage de films dans la langue cible.

Ce phénomène a bien survécu jusqu’à nos jours et constitue une étape incontournable : en effet, une étude réalisée en 2007 a démontré que la diffusion de programmes en version originale entraînait des chutes d’audience de l’ordre de 30 %, la preuve que le public français ressent le besoin de regarder des films, séries et autres programmes télévisés dans sa langue maternelle.

À l’heure actuelle, la traduction audiovisuelle consiste principalement en 3 activités : la voix hors-champ, le doublage et le sous-titrage.

Le procédé de voix hors-champ consiste à faire intervenir la voix d’une personne absente à l’écran. Celle-ci peut intervenir au début de la diffusion afin de situer le contexte ou de manière continue afin de donner des informations utiles à la compréhension du sujet. On le retrouve fréquemment dans la diffusion de reportages, de films publicitaires. Les professionnels qui exercent ce métier ont véritablement l’âme d’un acteur : ils doivent adapter la tonalité de leur voix en fonction du message à transmettre : doit-il convaincre l’audience ou fournir de simples explications ? Quelles sont les émotions à transmettre ?

En France, la technique la plus utilisée pour traduire l’audiovisuel est le doublage : en effet 80 % des longs métrages étrangers en France se font en version doublée. Il s’agit d’un processus tout à fait agréable pour le spectateur. Contrairement au sous-titrage, celui-ci ne doit pas se concentrer sur la lecture de la traduction.

Du point de vue du traducteur ou à plus juste titre de l’« adaptateur », les choses se compliquent légèrement. En effet, les professionnels du doublage doivent se confronter à un certain nombre de contraintes. La difficulté la plus importante réside certainement dans la synchronisation labiale : la « traduction » doit se caler sur les lèvres de l’acteur original. Cela peut s’avérer particulièrement difficile surtout lorsque le rythme de la langue de départ est plus rapide que la cadence de la langue d’arrivée : un acteur italien débitera plus de mots à la minute qu’un acteur français par exemple.

Mais le doublage doit également tenir compte de contraintes métalinguistiques, ayant notamment à faire aux références culturelles et connotations du pays en question. Un film ayant pour sujet l’Holocauste sera difficile à comprendre pour un public chinois, on préférera évoquer le massacre de Nankin, plus parlant pour ce public.

Enfin, nous aimerions parler du sous-titrage, une technique également largement utilisée dans le secteur de l’audiovisuel et remontant à de longues années, lorsque le cinéma était encore muet. En effet, notons qu’à cette époque, les spectateurs étaient habitués à lire des inscriptions lors du visionnage d’un film : des intertitres qui masquaient l’image mais pas le son. Ce processus est généralement davantage apprécié chez les personnes connaissant la langue de départ. Ainsi, le spectateur est à même de saisir toutes les nuances de sens de l’original tout en ayant à sa disposition une traduction vers sa langue maternelle pour les passages posant éventuellement problème.

Cette technique est l’une des plus difficiles en ce qu’elle sollicite chez le spectateur l’écoute, l’observation et la lecture, trois activités qui doivent être synchronisées.

En raison de la complexité de ce métier, les professionnels doivent passer par trois opérations avant d’obtenir le résultat final :

– le repérage, consistant à définir le moment d’apparition et de disparition des lignes traduites à l’écran,

– la traduction, qui doit tenir compte de contraintes spatio-temporelles : en effet, le texte apparaissant à l’écran ne doit pas dépasser 2 lignes pour 70 caractères et doit durer entre 1 à 6 secondes. Cette technique pose le problème de la fidélité par rapport au texte original en ce que le débit de mots est toujours supérieur à la vitesse de lecture moyenne : nous nous rendons bien compte qu’il est difficile de transcrire tout ce que dit Louis de Funès en une minute… malheureusement, la création de formulations synthétiques risque de déformer la pensée originale.

De même, le sous-titreur doit être conscient des évolutions linguistiques de la langue d’origine et de sa langue maternelle afin de trouver des argots équivalents par exemple.

Enfin, ce processus se termine par la simulation, à savoir le visionnage du résultat en présence du client. Le défilement de sous-titres virtuels permet d’identifier les éventuelles fautes de grammaire, d’orthographe… et de vérifier la cohérence et l’harmonie du repérage.

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