Dans l’un de nos articles précédents, nous vous avions présenté les différents types d’interprétariat que l’entreprise SMG Languages est à même de fournir. Vous souvenez-vous de l’interprétation consécutive ? Cette technique consistant à écouter un orateur, prendre des notes et interpréter son intervention ? Ce type d’interprétation est surtout pratiqué lors de négociations, de réunions, d’assemblées générales auxquelles participent des personnes de langue étrangère. L’un des problèmes majeurs posés par ce travail concerne la prise de notes. En effet, l’interprète doit adopter des mécanismes qui lui permettront de noter rapidement ce que l’orateur dit, et de manière intelligible, pour être à même de reconstituer le discours de ce dernier.

C’est ainsi que nous nous sommes intéressés à 2 techniques d’écriture rapide : la sténographie et la dactylographie que nous allons décrire et différencier dans ce billet.

La sténographie, qu’est-ce que c’est ?

Commençons avec la plus âgée de ces techniques, à savoir la sténographie. Afin de comprendre ce qui se cache derrière ce terme, prenons la définition que donne l’ouvrage le Cours complet de sténographie : « la sténographie (du grec stenos, serré et graphé, écriture) est l’art de se servir de signes conventionnels pour écrire d’une manière aussi vite que la parole ». Autrement dit, c’est l’utilisation de signes définis par des conventions pour écrire le plus rapidement possible. Vous comprenez donc bien que ce concept est né pour servir une fonction essentiellement pratique.

Pour comprendre son origine, il nous faut revenir plusieurs siècles en arrière, en 63 av. J-C. Avez-vous déjà entendu parler des notes tironiennes ? Ce sont les notes que l’on a attribué à Tyron, l’esclave de Cicéron, qui parvenait à retranscrire le discours de son maître à la vitesse de l’éclair qui en fit pâlir plus d’un, à un tel point qu’il était le seul à pouvoir se relire. Son écriture abrégée était difficilement compréhensible pour les autres personnes (c’est bien ce qui se passe lorsque des étudiants se passent des notes de cours et peinent à relire leur camarade). Voyons ensemble et de manière synthétique en quoi consistait la logique tironienne. Le concept de base repose sur la représentation d’un mot par un signe principal (correspondant au lexème avec la simplification de l’initiale par exemple) et par un signe auxiliaire (à droite, à gauche, sous, sur le signe principal). Pour une illustration de cette technique, nous vous conseillons de consulter un article de Jacques Poitou qui fournit des exemples de notes tironiennes. Ce système de notation se rapproche d’autres techniques telles que la brachygraphie, également appelée abréviation par suspension, qui consiste à représenter un mot par son initiale. Il présente également des ressemblances avec l’abréviation par contraction, à savoir la suppression des lettres placées au milieu d’un mot.

Mais c’est véritablement à partir du 17e siècle que l’on commença à s’intéresser sérieusement à cette technique ainsi qu’à la transmission de ce savoir-faire. C’est ainsi que fut publié en 1602 le premier traité d’écriture abrégée (John Willis), simplifié en 1786 par Samuel Taylor. En France, on doit le tout premier « guide » de sténographie à Jacques Cossard qui fit éditer en 1651 la « Méthode pour écrire aussi vite que l’on parle ». Il va sans dire que les méthodes d’écriture abrégée varient en fonction de chaque langue, chaque langue ayant une phonétique qui lui est propre. Alors que les États-Unis et le Canada adoptent en 1888 le système développé par John Robert Greg fondé sur des éléments géométriques et cursifs, en France, c’est le système Prévost qui s’impose, aujourd’hui connu sous le nom « système Prévost-Delaunay » du fait des améliorations apportées par Delaunay en 1878. Mais d’autres ouvrages ont enrichi cette méthode ; citons notamment « A stroke in time » sorti en Amérique en 1953. On constate par exemple l’omission de voyelles : « film » devient FLM et le préfixe « Cum- » est remplacé par la lettre K.

Autre curiosité intéressante : les signes normaux ne doivent pas dépasser les 4/5 mm au risque de perdre de la vitesse.

La dactylographie pour taper plus vite !

Maintenant que nous avons vu ce qu’était la sténographie, passons à la dactylographie. Alors, que nous-dit l’étymologie de ce mot ? « Dactylo » vient du grec « daktulos » qui signifie « doigt ». Et oui, la dactylographie consiste bien utiliser ses 10 doigts pour taper le plus rapidement possible sur une machine à écrire ou un ordinateur. Un dactylographe expérimenté parvient à saisir en moyenne 80 mots/min. Cette profession commença à prendre de l’importance avec la rationalisation du travail, l’accélération des tâches dans un souci de productivité car, pour reprendre le célèbre proverbe : le temps, c’est de l’argent ! Pour stimuler encore plus la productivité, les employés les plus méritants, autrement dit, les plus rapides sont récompensées par des primes alors que les plus « lents » prenaient le risque de recevoir des amendes. Outre ce système de récompense/pénalité, certains essaient de battre des records de vitesse. Par exemple, en 1921, les États-Unis sont devenus les champions de la discipline avec un record de 131 mots/min alors que les Français ont atteint le maigre score de 70 mots/minute. Notre problème ? Très certainement, la longueur des mots et la présence d’accents qui n’existent pas en anglais. Rappelons enfin que le travail de dactylographe était un travail extrêmement stressant notamment du point de vue de la qualité. Et oui, pas de correcteur orthographique et pas de touche « suppr. », ce qui signifie qu’à chaque faute ou oubli, il faut reprendre la saisie à zéro. On imagine donc un travail qui pouvait durer plusieurs heures.

Aujourd’hui, je voudrais terminer cet article avec une piste de réflexion : pensez-vous que les avancées technologiques ont contribué à la dégradation de la rigueur envers l’orthographe, la typographie et ponctuation ? Sommes-nous devenus trop laxistes vis-à-vis des règles fondamentales de l’écriture ?

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