De tous temps, la barrière des langues étrangères a nécessité le développement de vecteurs de communication. Bien que le vecteur principal de la communication soit la parole, l’écrit s’est rapidement imposé comme « fixateur » des connaissances, palliant les lacunes de la mémoire et permettant une transmission fidèle des contenus. De l’essor des manuscrits naît donc le besoin de traduire. Nous vous proposons ci‑après un résumé des temps forts de l’histoire de la traduction.

Tout commença en 270 avant Jésus‑Christ, lorsque 70 traducteurs juifs décidèrent de traduire l’Ancien Testament de l’hébreu vers le grec suite à la colonisation grecque ; cette première œuvre traduite prit le nom de Septante.

En 60 après J‑C, Marc, Jean, Luc et Matthieu s’attelèrent à la rédaction des quatre évangiles qui constituent les textes fondateurs du christianisme actuel. Ces évangiles furent regroupés sous le nom de « Nouveau Testament » qui, associé à l’Ancien Testament, forme la Bible.

En 384, Saint Jérôme (de son vrai nom Eusebius Sophronius Hieronymus Stridonensis), érudit connaissant déjà le grec et le latin, se rendit en terre sainte à Bethléem et apprit l’hébreu. C’est ainsi qu’il devint traducteur et réviseur de la Bible de l’hébreu vers le latin ; sa traduction se nomme la Vulgate et a constitué un texte de référence pendant quinze siècles. En outre, Saint Jérôme sera le premier théoricien de la traduction : dans une lettre adressée à son ami Pammaque, intitulée « De optimo genere interpretandi » (« De la meilleure manière de traduire »), il déclare notamment : « Ce n’est pas un mot par un mot, mais une idée par une idée que j’exprime », témoignage de sa conviction en la théorie cibliste qui consiste à privilégier l’idiomatisme du texte d’arrivée. Saint Jérôme s’employa également à créer un dictionnaire étymologique des termes bibliques et à étudier les passages difficiles de la Genèse, des activités qui correspondent respectivement à l’élaboration de glossaire et à la traduction commentée actuelles.

Au VIIIème siècle, les Arabes voyagèrent beaucoup, notamment en Grèce, pays avec lequel ils entretinrent d’étroites relations commerciales. Ils furent donc exposés à la culture et à la langue grecques et ramenèrent de nombreux documents écrits sur du vélin (peau d’animal) ou des tablettes. Ils s’intéressèrent principalement aux textes scientifiques et philosophiques et traduisirent des auteurs tels qu’Hippocrate, Galien, Aristote ou encore Platon. Cette intense activité traductive fit de Bagdad le deuxième centre mondial de la traduction ; celle‑ci se manifesta ensuite par l’institutionnalisation des études de traduction grâce à la création des Maisons de la Sagesse, lesquelles regroupaient des bibliothèques, des centres de traduction et des lieux de réunion et encouragèrent l’apparition de nouvelles professions : traducteurs, copistes, relieurs, etc. En 712, les Arabes découvrirent le papier en Chine et créèrent la première manufacture de papier à Bagdad en 794 ; l’utilisation du papier devint courante en Europe à compter du XVème siècle, marquée par l’impression de la Bible par Gutenberg.

Les XIème et XIIème siècles virent l’essor de la traduction en Europe, et en particulier en Espagne où, sur le modèle des Maisons de la Sagesse arabes, fut créée l’École de Tolède ; en effet, l’Archevêque Raymond souhaitait fonder un groupement de traducteurs (« colegio de traductores ») afin d’instaurer en son sein un processus de traduction plus structuré (vérification terminologique, relecture approfondie des traductions, etc.).

En 1337, Charles V fonda la Bibliothèque nationale, laquelle recelait un millier de manuscrits ; il fit alors appel à des traducteurs‑conseillers chargés de « translater pour le bien commun ». En 1348, le Décaméron de Boccace fut traduit du toscan vers le français : ce fut la première traduction d’une langue vernaculaire vers une autre.

Au XVème siècle, la réforme de l’Église catholique et la naissance du protestantisme firent de la traduction une activité dangereuse et des traducteurs furent persécutés, ce fut la cas d’Étienne Dolet. La Vulgate de Saint Jérôme fut détrônée par la traduction du Nouveau Testament du grec en latin réalisée par Érasme.

Au XVIème siècle, la Renaissance marqua l’essor des traductions en langues vernaculaires (c’est‑à‑dire autres que le latin et le grec), à l’instar de La Chanson de Roland ou de Tristan et Iseut, œuvres datant du Moyen Âge.

Enfin, la traduction de la Bible en allemand par Martin Luther entre 1522 et 1534 marqua le renouveau de la traduction et permit même de créer une norme littéraire pour la langue allemande ; quant au français, la première traduction de la Bible fut réalisée par Jacques Lefèvre d’Étaples entre 1524 et 1530.

Nos sociétés actuelles sont caractérisées par des évolutions constantes et influent donc sur le monde de la traduction tourné vers l’avenir.

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Originaly posted 2017-02-16 00:00:00

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